Biographie Oxmo Puccino
On n'avait pas convoqué les cactées dans la chanson française depuis au moins... Jacques Dutronc ! Mais l'esthète dilettante n'avait pas osé transplanter la plante grasse dans les steppes slaves et glacées du grand nord. Oxmo Puccino, un autre esthète, lui aussi dilettante à ses heures, a décidé d'acclimater le végétal hérissé d'épines sous ces climats septentrionaux : une allégorie de sa propre histoire d'enfant du 19 eme arrondissement de Paris, dont les racines plongent dans le bitume jusqu'à retrouver la chaleur du Mali.Le cactus est une plante qui s'adapte et se défend, “une plante solide, qu'on n'arrose pas, mais qui ne fane pas, qui a l'air méchant, mais qui fait une fleur, de temps en temps...” précise le rappeur. Ce prodige naturel d'adaptation a déjà éclot quelques fois, livrant des disques-fleurs que leur rareté, et surtout leur beauté étrange, rendaient uniques au sein des serres du rap français, où l'on pratique trop souvent la modification génétique de l'inspiration.Première floraison en 1998. “Opéra Puccino”, chef d'œuvre liminaire, par ailleurs couronné d'un disque d'or, établissait le règne d'un auteur et d'un rappeur à part du marigot. Lyrique, vertigineux dans ses descriptions, muni de quelques tubes (“Mensongeur”, “L'enfant seul”), rehaussé de featurings de choix (Akhénaton, Lino, K-Reen, Pit Baccardi), construit sur les fondations savantes de l'entité Time Bomb (DJ Mars, DJ Sek), “Opéra Puccino” démontrait qu'on pouvait rapper autrement.Dans le sillage de cet album de velours, le cinéaste Jacques Doillon, peu suspect d'écriture urbaine en général, trouvait dans “L'Enfant seul” une musique idoine pour habiller son film “Petit frère”, et ce coup de projecteur de la culture institutionnelle faisait entrer Oxmo dans une autre dimension, puisque déjà, on le prédisait trop “large” pour se contenter du microcosme hip-hop.Deuxième floraison, “L'amour est mort”, en 2001. Oxmo entame le siècle avec un album en noir et blanc, où il fait à nouveau montre d'une maîtrise certaine dans le maniement de la langue et des concepts de chanson. On reconnaît cette manière unique de faire résonner son vocabulaire. La critique, encore une fois, est sous le charme, mais le public, toute à sa dévotion aux hymnes rageurs issus de la rue, qui font désormais la tendance, boude un peu ce disque d'exception.Le public, pourtant, se reconnaîtra dans un petit single de l'été 2002, “Avoir des potes”, une ode à l'amitié, toute en simplicité chaleureuse, qui deviendra la chanson emblématique du fameux festival “Urban Peace” au Stade de France.À la suite de cette remise dans la lumière, Oxmo renoue avec l'appétit d'écrire et la dynamique de l'enregistrement. Tout d'abord avec son team habituel, Mars, Kessey, renforcés d'Arno, alias Alsoprodby (Sandy Cosset, Saian Supa Crew), puis, pour ouvrir le spectre musical et se rapprocher d'une envie de sons plus organiques, avec une large palette de producteurs, comme Wayne Beckford, Diesel (KDD), Jonsmoke, Sebb, DJ Duke... “Des Français, des Américains, des Suisses... J'ai dû me plonger da ns six cent instrus, des heures et des heures d'écoutes, de rendez-vous, ça va dans tous les sens, mais avec une couleur commune.”Le cactus supportant bien les boutures, Oxmo a invité quelques confrères à poser leur voix à côté de la sienne, Mam's Maniolo et Le célèbre Bauza, des amis de la famille, K-Reen, une complice habituelle, le marseillais Sadik Asken, et puis un certain Kool Shen !“J'avais essayé de l'avoir pour mon second album. On m'en a reparlé. Par la force des choses, on est rentré en contact, il voulait que je participe à son propre projet solo, alors j'ai fait un petit chantage, et ça a marché ! Il a écouté les instrus, il est tombé sur “Un flingue et des roses”, que je comptais faire seul parce que c'est un morceau à concept. On a deux univers qui par la forme ne vont pas dans la même direction, mais dans le fond, c'est pile-poil. On ne s'est pas revu avant qu'il vienne poser en studio, et on était plus que complémentaires sur ce titre.”
Ce troisième album insidieusement charmeur confirme qu'Oxmo Puccino est un artiste à part.“ Aujourd'hui, quand on te demande quel genre de musique tu fais, et que tu réponds “du rap”, tu es vite enfermé dans une image, les gens n'ont pas idée de ce que tu peux faire. Le mot rap est associé à une seule tendance, or moi j'aspire à faire de la bonne musique, simplement, avec des textes à concepts.”On dira donc de “Cactus de Sibérie” que c'est un album apte à enchanter les aficionados du rap aussi bien qu'à séduire ceux qui ignorent tout du genre, voire le rejettent. Car on navigue là dans des eaux inexplorées, où les rimes impressionnistes racontent des histoires qui s'additionnent, jusqu'à former un paysage mouvant. Quelque chose qui suscite des émotions parfois impalpables, mais dont on a la certitude qu'elles méritent d'être approfondies. À l'inverse du tout venant qui rappe, Oxmo ne s'adresse pas à un groupe de gens, mais à l'individu.“Les gens peuvent être ensemble sans savoir ce qu'ils ont en commun. Ça a rrive souvent d'exprimer un sentiment qu'on pensait être le seul à ressentir, et l'autre te dit : “moi aussi, je pensais la même chose” ! La bonne manière de toucher une personne, c'est de lui parler directement, pas de passer par des intermédiaires. On vit dans un monde où on fait la queue, on est dans les embouteillages, on baigne dans la pub, la télé, la consommation de masse... Et on néglige l'individu. On parle de chômeurs et des morts à la guerre en tant que “nombre”... Alors c'est bien de gagner un peu d'intimité, dans un petit coin virtuel. Avec la musique, on se refait un monde.” “Cactus de Sibérie” est donc un résumé d'un monde où l'on parle de vivre le temps présent, où l'on croise des guerriers et des extra-terrestres, des super héros mexicains noirs et des fans énamourés, un monde où l'on ne danse pas, parce que même si la musique y incite, on n'est pas prisonniers des conventions. Un monde avec un horizon qu'on voudrait toucher, avec des regrets de couple idéal, des déclarations d'amour et des déclarations d'argent... Un monde dessiné par Oxmo, modélisé par son cerveau d'observateur et d'analyste urbain, un monde où la rime est riche, le vocabulaire est vaste, et où la musique est tranquillement obsédée d'idées novatrices plutôt que de figures imposées. “Dans la vie, il y a des cactus” chantait Dutronc en 66. En 2004, piquez-vous de savoir qu'ils ont refleuri.
Cette biographie de Oxmo Puccino a été ajoutée par scooty
Paroles Oxmo Puccino
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